Visiter un musée
Rédigé par Métro-Boulot-Catho -De toutes les pratiques culturelles "passives" (j'entends par là : non créatives, telles que lire ou assister à un spectacle), la visite d'un musée (ou de n'importe quoi qui se visite) laisse toujours quelque part une sensation de frustration.
Il y a d'abord une difficulté physique : il faut se déplacer, piétiner, parfois dans un espace trop plein, trop petit ou mal agencé. Visiter, c'est fatigant.
Mais la principale difficulté n'est pas là. Elle tient en fait à une question jamais résolue : combien de temps convient-il de s'arrêter devant chaque item exposé ?
Un musée est par définition une construction parfaitement artificielle. Les objets qui y sont exposés ont perdu leur fonction initiale, pour en acquérir une autre complètement détachée de l'intention qui les a fait réaliser. Ils se retrouvent placés à côté d'autres, dans une proximité que n'avait prévue ni leur créateur, ni leurs anciens propriétaires. Une proximité parfois tragique : qui regarde les œuvres secondaires dans les salles où sont exposés les chefs-d’œuvres les plus célèbres ?
Visiter à plusieurs n'est pas plus facile : parce qu'on n'a pas les mêmes intérêts ou les mêmes émerveillements. On n'a pas, non plus, les mêmes usages : les uns sont du genre à lire scrupuleusement tous les cartels, d'autres privilégient l'expérience sensible. Les randonneurs savent qu'il est difficile de trouver des compagnons qui marchent au même rythme que soi-même.
L'un de nos rares avantages à nous, les profs, c'est de pouvoir bénéficier assez souvent d'un tarif avantageux, voire de la gratuité. Quand on n'a pas payé son entrée, et surtout quand on sait qu'on pourra revenir, on est libéré de cette espèce d'impératif qu'on s'inflige à vouloir "rentabiliser son billet". On a moins de scrupules à zapper complètement des vitrines ou des salles entières, pour mieux profiter de celles qu'on veut vraiment regarder. Mais là encore : combien de temps ?
Je me rappelle avoir lu il y a quelques années une chronique un peu ironique, dont la thèse était que c'est pour cette raison que certains visiteurs passent leur temps à photographier tout ce devant quoi ils passent. Ça résout le problème : une photo et hop, on s'en va.
Et honnêtement : on l'a tous fait. Parce que ce combien de temps ? n'est pas confortable. Même quand on apprécie l'exercice, la visite d'un musée a quelque chose d'insatisfaisant.