Recevoir son salut

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Vous avez probablement déjà entendu l'expression faire son salut, et très probablement aussi  gagner son paradis. Si je savais confusément qu'elles ne sont pas très chrétiennes, parce que peu compatibles avec l'idée d'une gratuité de la miséricorde, j'ai longtemps eu du mal à mettre le doigt sur le problème. C'est venu cet été.

Le point à bien comprendre, c'est qu'on n'a pas besoin de faire son salut, mais il faut le recevoir.

Imaginez qu'on se connaisse, et que je vous aime énormément. Je décide de vous faire un cadeau extraordinaire : je vous offre un avion.

Pour profiter de mon cadeau, vous devrez apprendre à piloter. Suivre des cours (et pour cela renoncer à d'autres activités), faire des séances en simulateur, vous planter parfois (et par cela apprendre l'humilité...), vous voyez l'idée.

Le salut, c'est un cadeau extraordinaire ; l’Église enseigne qu'il est reçu en plénitude au baptême* qui a pour effet d'effacer les péchés. Longtemps, on recevait le baptême juste avant de mourir, afin de ne pas commettre un péché grave entre le baptême et la mort (l'empereur Constantin est l'un des exemples les plus célèbres). La logique se comprend : si l'on reçoit le salut au moment du baptême, à quoi sert la vie terrestre après ?

La vie "après" le baptême correspond à l'apprentissage du salut. La vie spirituelle n'a pas d'autre sens que de se mettre peu à peu en mesure de vivre la vie béatifique (et pour moi, tout le reste - mon métier, mes activités quotidiennes - n'a pas d'autre sens que de servir de cadre à la vie spirituelle). Cela passe par la prière, la fréquentation des sacrements, mais aussi l'annonce de l’Évangile par le témoignage et/ou l'enseignement pastoral. Parce que chacun est responsable du salut des autres. Plus exactement : chacun contribue à apprendre aux autres à recevoir leur salut.

Ainsi se comprend mieux pourquoi il n'y a pas à gagner son paradis. Ce n'est pas la même chose de dire "si tu apprends à piloter, je t'offre un avion" (en récompense), que "parce que je t'offre un avion, apprends à piloter pour pouvoir en profiter". L'homme pense en termes de récompense, voire de calcul ; mais Dieu donne gratuitement. Les sacrifices consentis dans le cadre d'une vie chrétienne ne sont pas une monnaie pour acheter Dieu, mais des pas sur un chemin particulier.

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* Le sacrement est un vecteur de la grâce, mais non pas une condition : Dieu n'est pas contraint par le sacrement. Qui n'a jamais reçu le baptême peut être sauvé (autrement) par Dieu qui reste pleinement libre, quoi qu'il arrive.

Classé dans : Spi - Mots clés : aucun

Adieu à Paris

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

J'ai profité de mon dernier été à Paris, avant un déménagement vers d'autres cieux, pour y faire quelques aquarelles en juillet.

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C'est loin d'être parfait mais je vois quelques progrès.

(Le titre sonne un peu définitif. Je m'installe sous d'autres cieux mais je garde des liens à Paris, j'y retournerai forcément !)

Classé dans : Dessin - Mots clés : aucun

Savoir échouer, c'est déjà réussir

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Que veut dire souhaiter à ses élèves de "réussir", comme il est d'usage au moment de les quitter ?

Dans la vie, il y a des projets que l'on réussit, et d'autres que l'on rate, parce que tout ne dépend pas de soi, et parce qu'on est souvent amené à prendre des décisions sans connaître tous les paramètres à l'avance. On n'apprend pas assez, en France, à bien vivre l'erreur. Les tests internationaux tendent à montrer que les petits Français préfèrent s'abstenir que risquer de se tromper.

Pourtant, savoir transformer l'échec en expérience, en tirer un enseignement utile pour la suite, c'est un trésor fondamental puisque, d'une certaine façon, il n'y a jamais d'échec pour qui sait le vivre comme une expérience. C'est la réflexion qui vient à la lecture, hautement recommandable, des Vertus de l'échec, de Charles Pépin.

C'est une chose que j'aurais aimé entendre à leur âge. 

A mes lycéens que je quittais l'autre jour, j'ai donné le conseil suivant. Si, un jour, vous vous trouviez dans une situation d'échec, par exemple d'avoir raté un concours (ces élèves en passeront presque tous plusieurs), prenez une feuille de papier. Faites la liste de toutes les décisions que vous avez prises, qui vous ont conduit à cet "échec", et dont vous ressentez la succession avec culpabilité : j'ai choisi cette prépa alors qu'on m'avait dit que... je n'ai pas travaillé assez telle matière alors que les profs m'avaient averti que...

Ensuite, en face de chacune de ces décisions, trouvez lui une conséquence positive - indépendamment du résultat final. On m'avait déconseillé cette prépa, mais j'y ai rencontré tel ami. Je n'ai pas travaillé assez telle matière, mais je me suis passionné pour tel sujet en particulier.

Quand vous aurez fini, bien sûr vous n'aurez toujours pas votre concours, il n'y a pas de magie à attendre.

Mais vous dormirez mieux ce soir-là.

Souffrance des enfants, douleur des adultes

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Il y a quelques jours Konbini diffusait sur les réseaux sociaux le témoignage d'Anne Ratier, expliquant comment, en 1987, elle avait "offert la mort" (ce sont ses mots) à son fils âgé de 3 ans, lourdement polyhandicapé suite à un retard d'oxygénation au moment de l'accouchement. Si son discours n'est pas directement militant, il n'est pas difficile de voir, dans ce genre de témoignage compassionnel, une intention prosélyte certaine. L'objectif est toujours le même : rendre l'euthanasie acceptable, parce que la mort serait préférable à certaines vies.

Si d'autres l'ont fait avec intelligence, je ne peux manquer de réagir, car j'ai été touchée d'un peu plus près que la moyenne par cette question (Dieu merci, elle concerne en réalité un petit nombre de cas). Ma filleule était atteinte d'une maladie génétique orpheline qui s'est déclarée quelques mois après sa naissance. Un truc trop rare pour avoir été formellement identifié. Un problème de connexion entre le cerveau et les muscles ; aucun membre n'était paralysé, mais aucun mouvement n'était volontaire ou même contrôlé. Incapable de se tenir assise, elle ne s'exprimait qu'en riant ou en pleurant. Je vous passe les effets secondaires, comme le squelette qui se déforme à cause de la croissance des os qui ne sont pas tenus correctement par les muscles qui ne se développent pas : corset, souffrances, chirurgie...

Elle est morte peu avant son neuvième anniversaire, dans son sommeil. Son cœur, fatigué d'être le seul à fonctionner à peu près correctement dans tout ce bordel, a tout simplement décidé de lâcher l'affaire.

Je n'étais pas directement impliquée dans la prise en charge de cette enfant. Je n'ai pas eu à subir les nuits blanches, les rendez-vous médicaux, les heures à l'hôpital. C'est la raison pour laquelle je ne m'étends pas sur ce cas, car je ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières : le procédé serait indécent de ma part, et malhonnête vis-à-vis de ses parents. Je veux seulement faire comprendre que j'ai cette raison-là de réagir sur cette question.

Mais c'est une réaction rationnelle que je veux développer, au risque qu'elle paraisse insensible. Je ne suis pas insensible : mais je refuse d'étaler mes sentiments. Car ce qui m'insupporte dans ces témoignages, c'est que l'émotion tient lieu d'argumentation.

En écoutant cette mère, tout individu normalement constitué se dit : "Moi, si j'étais à sa place, je ne sais pas comment ...". Ce refus de juger (qui est noble en soi) écrase toute contradiction. Ainsi la Gnadentod rencontre de moins en moins d'opposition.

Ne pas être "à sa place" n'interdit pourtant pas de réfléchir. Tu n'es pas à sa place, mais à celle qui est la tienne, que fais-tu pour qu'une mère dans cette situation ne se retrouve pas acculée ? Comme contribuable, acceptes-tu qu'on investisse réellement dans des structures d'accueil, des hôpitaux de jour, où des éducateurs spécialisés, des kinés, des infirmières aient les moyens de prendre en charge les enfants sans devoir les shooter au valium ? Comme électeur, exiges-tu cet investissement des responsables politiques ?

En 2005, la France s'est honorée d'adopter une loi sur le handicap qui définit celui-ci comme une situation d'empêchement liée, non à un état de santé personnel, mais à l'inadaptation des structures. Ce n'est pas la paraplégie qui fait de vous un handicapé : c'est l'absence de rampe d'accès pour votre fauteuil qui vous handicape. On peut relever ici ou là quelques situations ubuesques résultant de cette loi (quand il faut fermer une école dont les bâtiments ne peuvent être adaptés alors qu'il existe d'autres écoles accessibles dans la ville par exemple) ; n'empêche que, même si tout n'est pas parfait, cette loi a permis des avancées réelles pour l'inclusion des personnes handicapées.

On me dira peut-être "oui mais là, c'est différent : un enfant totalement impotent, qui ne communique pas ... blablabla ... dignité toussa". Ah ! la dignité !

Si le handicap résulte d'une inadaptation de l'environnement à la situation physique d'une personne, pourquoi la dignité ne résulterait-elle pas du regard que nous portons sur les personnes ? Est-ce l'utilité d'une personne qui fait sa dignité ? Est-ce sa capacité à entrer en relation avec les autres ? Alors, la dignité n'est-elle donc que donnée (concédée) par les autres ? Chacun d'entre nous n'est-il digne que parce que les autres le veulent bien ?

Ce n'est pas la vie souffrante qui est indigne. L'indignité, nous la produisons dans le regard que nous avons sur la faiblesse : nous semble indigne ce qui est trop faible. Il y a derrière ce regard une angoisse profonde (celle d'être un jour dans cette situation), qui n'est pas condamnable en soi. Mais ce qui est paradoxal, c'est qu'une prise en charge réelle de cette faiblesse devrait pourtant nous délivrer de cette angoisse (je ne crains plus d'être faible si je sais que je serai entouré et respecté). Les sociétés qui n'ont pas rompu avec les solidarités traditionnelles ne se posent pas ces questions. Nous qui avons des moyens inédits pour soulager les souffrances, préférons retourner ces moyens contre nous-mêmes. Quand il sera légal de se débarrasser des plus faibles, nous serons tous en danger : à quoi nous auront servi des siècles de civilisation ?

** ajout été 2019

Sur ce sujet, je vous recommande la lecture du beau roman Le jour où la Durance de Marion Muller-Collard. Le personnage principal est une mère dont le fils, gravement handicapé, vient de mourir (à 30 et quelques années), qui voudrait croire que rien ne va changer dans sa vie, et qui se laisse rattraper au fil des jours par les émotions et les souvenirs. Intervient dans ce roman une femme, d'origine maghrébine, qui est entrée dans la vie de cette mère en lui expliquant que, "dans son pays", on raconte que les enfants, juste avant de naître, voient leur vie entière l'espace d'un instant : certains la refusent, et meurent à la naissance. Ceux qui naissent et vivent sont ceux qui ont accepté leur vie à venir, avec les souffrances qu'elle réserve peut-être. J'ai été particulièrement touchée par cette idée.

Au-delà, c'est un très beau roman.

La gloire d'Israël

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

La première lecture de dimanche dernier (Livre de Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10) nous emmenait dans un événement peu connu de l'histoire du peuple d'Israël. En 538, le roi de Perse Cyrus autorise les vaincus de son ancien ennemi le roi de Babylone à retourner à Jérusalem. Le réinvestissement du Temple donne lieu à une cérémonie extraordinaire, où le prêtre Esdras proclame solennellement la Parole de Dieu au peuple rassemblé. L'Exil a entraîné sa part d'oubli, au point que même la langue est perdue, il faut régulièrement arrêter la lecture, traduire et expliquer.

L'émotion du peuple est telle, dit le bibliste, que tous "pleuraient en entendant les paroles de la Loi". Esdras les enjoint à se réjouir, à manger des viandes savoureuses, boire des boissons aromatisées : "la joie du Seigneur est votre rempart !"

"La joie du Seigneur est votre rempart !"

La première fois que je suis allée à Jérusalem, j'ai d'abord passé près d'une journée à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Rappel terrible de l'histoire terrible d'un peuple en butte quasi continuelle à la haine, au rejet, à la violence. Le Musée de l'histoire de la Shoah est très impressionnant, dans sa sobriété même.

Quelques jours plus tard, nous étions vendredi soir, et pour l'entrée en Shabbat, le groupe dont je faisais partie a pu se rendre dans une synagogue de Jérusalem Ouest ; nous avons assisté, sans rien y comprendre, à une cérémonie extrêmement festive. Tous chantaient, endimanchés (si je puis dire), la joie se lisait sur les visages. J'ai revu cette joie lorsque j'ai assisté à deux autres reprises à l'ouverture du shabbat sur le parvis du Kotel. Nous, chrétiens, ne savons pas fêter l'arrivée du dimanche avec autant de démonstration.

Bref. Je reviens à cette soirée dans la synagogue. La psalmodie en hébreu était puissante dans son harmonie. Et ce fut pour moi une vraie révélation que de comprendre, à cet instant précis, dans le souvenir de l'histoire du peuple exilé et humilié, combien était signifiant que ce peuple puisse aujourd'hui chanter les psaumes à Jérusalem. On peut penser ce qu'on veut de la politique de l'Etat moderne d'Israël (et j'avais expérimenté la semaine précédente ce qu'elle signifie pour les habitants de Ramallah) ; mais que le peuple juif puisse chanter les psaumes à Jérusalem a un sens extrêmement fort.

Il y a des années de cela, j'ai entendu un prêtre dire que, parmi les "preuves" qu'il voyait à l'existence de Dieu (et du Dieu révélé dans la Bible), il y avait : la permanence du peuple juif. Que ce peuple, dérisoire en nombre et en importance, qu'on a si souvent voulu faire taire, ait résisté à tant d'opposition*, voilà un signe éclatant que Dieu ne retire jamais son amour.

La célébration de la Parole a avant tout cette fonction commémorative. La remémoration des grâces reçues est certainement le meilleur antidote à "la lassitude de l'espérance", pour reprendre une expression récente (et appliquée à un autre contexte) du Pape François. La pesanteur du quotidien vient souvent brouiller l'horizon de la Foi. 

Pour être plus facilement sujette à cette lassitude qu'à la reconnaissance, je peux témoigner combien cette mémoire joyeuse des grâces reçues est un exercice difficile. Le peuple juif, Lumière pour éclairer les Nations, est là pour nous rappeler que "La joie du Seigneur est notre rempart". 

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* Je repense à cette blague juive récemment citée par Delphine Horvilleur : toutes les fêtes juives peuvent se résumer en trois points :

  1. Ils ont voulu nous exterminer
  2. Ils n'ont pas réussi
  3. Qu'est-ce qu'on mange ?
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