Catholic Blues

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Aujourd'hui, je vais exceptionnellement rompre avec une règle que je m'étais fixée en créant ce blog, qui est de ne pas réagir "à chaud" à l'actualité, particulièrement quand elle tourne à la polémique. Mais je vais le faire aujourd'hui, parce que ce qui arrive est grave, et parce que j'ai mal.

D'abord et avant tout, j'ai mal à l'idée que des enfants ont souffert des horreurs que je ne peux même pas me représenter.

Mais j'ai surtout mal que des connards de prédateurs aient usé de l'ascendant moral et spirituel que leur donnaient leurs fonctions de prêtre pour infliger ces horreurs à ces enfants, obtenir leur silence et parfois aussi bénéficier de celui de leurs parents, qui ont préféré ne pas croire les enfants.

J'ai mal que des évêques aient nié, ou minimisé le problème, aient cherché à étouffer le scandale, à protéger l'Institution plutôt que les enfants.

Dans un autre registre, j'ai mal que dans certains pays, des religieux aient participé à l'enlèvement d'enfants à leur mère, et donné une caution morale et spirituelle à un système aussi odieux.

Tout cela me fait mal car ce n'est pas ce que je connais de l'Église, et j'ai terriblement mal que certains la réduisent désormais à tout cela.

Lire la suite de Catholic Blues

Retour de Terre sainte

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Je reviens de deux semaines en Terre sainte. J'y étais déjà allée deux fois, je commence à m'y sentir un peu chez moi, mais cela reste un voyage hors du temps.

Quand j'ai eu envie d'aller en Terre sainte pour la première fois, j'ai voulu rencontrer ceux qui y vivent. Ne pas faire une tournée de lieux saints entre deux hôtels, mais vraiment aller à la rencontre des gens, parce qu'après tout, Jésus dans les Évangiles ne fait pas autre chose que cela : aller à la rencontre.

J'ai découvert les camps d'été du Réseau Barnabé, et j'ai participé coup sur coup à deux éditions. C'était formidable de partager des beaux moments avec des habitants de Ramallah, et ensuite découvrir, à Jérusalem, les lieux saints et la présence juive, à la fois ancienne et moderne. J'ai dîné chez des Palestiniens, rompu avec eux le jeûne du Ramadan, et dîné chez des Israéliens (Français) pour ouvrir le shabbat. J'ai marché dans le Wadi Qelt, me suis baignée dans la Mer morte, et j'ai tenté de me recueillir dans le Saint-Sépulcre. J'ai entendu les Juifs chanter les psaumes et des muezzins appeler à la prière.

dominus-flevit.jpg

Bref, j'ai découvert la magie de Jérusalem, dont j'avais alors brossé un portrait chinois.

Lire la suite de Retour de Terre sainte

Le plus beau métier du monde (#7)

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

L'enseignement est un métier riche en émotions, et en émotions contrastées. On peut passer très vite, dans la même journée, du sublime à l'accablement (ou l'inverse) ; et repartir au turbin dans ce yoyo émotionnel n'est pas toujours facile à gérer.

Il y a beaucoup de frustrations, de motifs de découragement. Mais il y a parfois des moments, d'autant plus précieux qu'ils sont fugitifs, qui à eux seuls peuvent donner du sens à une carrière.

J'ai eu la chance de vivre un de ces moments assez vite dans ma carrière, peut-être la deuxième année.

C'était (une fois de plus) devant une classe de 5ème, en histoire. Une après-midi ronronnante, un peu maussade, juste avant la récréation. Je ne sais plus de quoi je parlais, en tout cas un sujet que je connaissais très bien. Comme il arrive souvent quand on est très à l'aise sur un sujet, on réussit beaucoup mieux à capter l'attention.

Au bout de quelques minutes, je m'aperçois que toute la classe écoutait, ce qui est déjà assez rare : sur 27 ou 28 élèves, il y en a toujours quelques uns qui regardent par la fenêtre, tripotent leur trousse, ou discutent en croyant être discrets. Cette fois-là, rien de tout ça : et voir 27 ou 28 petits visages tournés vers vous est, déjà, quelque chose de très impressionnant.

Soudain, alors que j'étais au milieu d'une phrase, la cloche a sonné.

Pas un élève n'a bougé.

Bien sûr, ça n'a duré que quelques secondes. Bien sûr, dès que ma voix a fléchi, ils ont commencé à rassembler leurs affaires, et bien sûr, je les ai perdus à partir de là.

Mais pendant ces 10, peut-être 12 secondes, je me suis sentie ....

Les psys ont un mot pour ça : ils appellent cela "être aligné". Comme me l'a dit un collègue à qui j'ai raconté cela en sortant de la classe, sous le coup de l'émotion : "Dans ces moments-là, tu sais pourquoi tu fais ce métier."

Cela ne s'est jamais reproduit ; parfois j'ai été bonne, souvent j'ai été beaucoup moins bonne, parfois j'ai été franchement mauvaise, mais à lui tout seul, le souvenir de ces quelques secondes m'est plus précieux que les six premières années de ma carrière.

Bâtir un pont : l'Église et la commnauté LGBT

Rédigé par MBKto - - 1 commentaire

Dans mes lectures récentes, le Building a Bridge du père James Martin, récemment traduit sous le titre Bâtir un pont : l'Église et la communauté LGBT par le frère Marie-Augustin LHB op, traduction publiée aux éditions du Cerf, en toute logique (le traducteur étant dominicain).

Ayant suivi sur les réseaux sociaux la sortie de ce livre, et la polémique qui s'en est suivie (le père J. Martin a été violemment attaqué par les milieux conservateurs), j'étais impatiente de le découvrir. Grâces soient rendues au traducteur qui l'a rendu possible.

Le père James Martin, américain, jésuite, est un éditorialiste régulier du magazine America (seul hebdomadaire catholique des États-Unis) et consulteur au Secrétariat pour la communication du Saint-Siège et du Vatican.

Le propos du livre est clairement pastoral, et pour cette raison me laisse un peu sur ma faim. Je cherche encore une réflexion plus théorique sur l'enseignement de l'Église catholique à propos de l'homosexualité. Il m'est extrêmement difficile de comprendre le fait même de l'homosexualité : si, comme l'Église l'enseigne, Dieu a voulu l'altérité sexuelle, d'où vient que des hommes et des femmes ne peuvent la vivre ? Si cet empêchement a une origine biologique, et parce qu'il me parait évident que l'homosexualité n'est ni le signe, ni la cause d'une quelconque malédiction divine (expression parfaitement oxymorique s'il faut en croire l'Église), alors comment l'expliquer ? Je regrette qu'il soit si difficile d'exprimer cette incompréhension, quand elle est dénuée de malveillance, dans un contexte où le militantisme des uns rend souvent le dialogue impossible.

Lire la suite de Bâtir un pont : l'Église et la commnauté LGBT

Où l'on reparle du document de collecte

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

J'ai été pas mal occupée, ces derniers temps, par la préparation d'un concours, l'équivalent pour l'enseignement privé du CAPES interne en histoire-géographie. L'admissibilité se joue sur la présentation d'un dossier de reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle (d'où son petit nom : "le RAEP"), dans lequel il s'agit de présenter une réalisation pédagogique de son choix.

À présent que les résultats sont publiés (et oui : j'ai été admise), je me suis dit que cette plongée dans ma pratique professionnelle intéresserait peut-être les quelques lecteurs, profs ou pas, qui s'attardent par ici. [Les documents sont en bas de ce billet].

J'ai choisi de présenter un exercice que j'ai fait faire à ma classe de seconde l'an dernier, directement inspiré d'une réflexion sur le copier-coller des élèves entamée depuis le début de ma carrière dans l'enseignement. J'en avais parlé il y a quelques années dans ce billet, puis celui-ci, en présentant un travail fait avec des 5emes sur Haroun al-Rachid (présentation, et bilan).

Pour ceux qui aurait la flemme de relire ces (pourtant excellents) billets, il s'agit d'intégrer le copier-coller des élèves (au lieu de le combattre), comme une première étape du travail. Les élèves constituent une sorte de document tertiaire, une mosaïque d'extraits de sites internet copiés-collés, dont ils vont ensuite exploiter les informations pour produire le document qui sera rendu au professeur. Plus que la question du plagiat, le problème principal du copié-collé est pour moi la pauvreté des connaissances retenues dans un travail de recherche d'informations sur Internet. L'enjeu est de les obliger à dépasser l'étape du copié-collé, et à produire une réflexion personnelle.

C'est l'objet de la réalisation pédagogique que je présente dans mon RAEP. Il faut garder à l'esprit que ce type de document est soumis à des contraintes particulières, celles des dispositions réglementaires d'abord, et plus encore celles énoncées dans le rapport du jury. Pro-tip : quand on passe un concours, il faut TOUJOURS lire très attentivement le rapport du jury (et appliquer à la lettre les recommandations). Ainsi, certaines notes de bas de page ne servent qu'à envoyer un message au jury. Par exemple, le jury s'étonne dans le rapport que des professeurs de géographie ne connaissent pas le site Géoconfluences. Même si dans la pratique je ne l'utilise pas... quotidiennement, je n'ai pas manqué de référencer quelques articles, uniquement pour le faire apparaître (TAVU jury moi je connais Géoconfluences). Das ist Stratégie.

(Nota : j'avais tout de même pris la précaution de relire les articles en question quelques jours avant l'oral pour être capable de répondre à une éventuelle question "test". Das ist Stratégie. Dans les faits, le jury d'oral n'avait probablement pas lu le dossier et ne m'a pas interrogée dessus).

J'ai globalement réussi à éviter de jargonner (le jury dans son rapport s'agace d'ailleurs des candidats qui se croient obligés de le faire) ; quelques expressions néanmoins paraîtront moins claires à ceux qui ne sont pas de la Maison (il faut bien employer le vocabulaire de sa profession, surtout dans un tel contexte) :

  • la transposition pédagogique, c'est la manière dont on traite un chapitre en cours, concrètement : quels documents on utilise, ce qu'on en fait faire aux élèves, comment on les évalue, etc.
  • une évaluation formative est faite en cours d'acquisition, et doit permettre à l'élève de corriger ses erreurs ; une évaluation sommative fait le bilan des acquis, généralement en fin de processus, et il n'est pas prévu que l'élève puisse revenir sur ses réponses pour améliorer le résultat (typiquement, c'est le contrôle de fin de chapitre ou l'épreuve du baccalauréat).

À présent que vous avez tous les éléments :

Fil RSS des articles