La gloire d'Israël

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

La première lecture de dimanche dernier (Livre de Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10) nous emmenait dans un événement peu connu de l'histoire du peuple d'Israël. En 538, le roi de Perse Cyrus autorise les vaincus de son ancien ennemi le roi de Babylone à retourner à Jérusalem. Le réinvestissement du Temple donne lieu à une cérémonie extraordinaire, où le prêtre Esdras proclame solennellement la Parole de Dieu au peuple rassemblé. L'Exil a entraîné sa part d'oubli, au point que même la langue est perdue, il faut régulièrement arrêter la lecture, traduire et expliquer.

L'émotion du peuple est telle, dit le bibliste, que tous "pleuraient en entendant les paroles de la Loi". Esdras les enjoint à se réjouir, à manger des viandes savoureuses, boire des boissons aromatisées : "la joie du Seigneur est votre rempart !"

"La joie du Seigneur est votre rempart !"

La première fois que je suis allée à Jérusalem, j'ai d'abord passé près d'une journée à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Rappel terrible de l'histoire terrible d'un peuple en butte quasi continuelle à la haine, au rejet, à la violence. Le Musée de l'histoire de la Shoah est très impressionnant, dans sa sobriété même.

Quelques jours plus tard, nous étions vendredi soir, et pour l'entrée en Shabbat, le groupe dont je faisais partie a pu se rendre dans une synagogue de Jérusalem Ouest ; nous avons assisté, sans rien y comprendre, à une cérémonie extrêmement festive. Tous chantaient, endimanchés (si je puis dire), la joie se lisait sur les visages. J'ai revu cette joie lorsque j'ai assisté à deux autres reprises à l'ouverture du shabbat sur le parvis du Kotel. Nous, chrétiens, ne savons pas fêter l'arrivée du dimanche avec autant de démonstration.

Bref. Je reviens à cette soirée dans la synagogue. La psalmodie en hébreu était puissante dans son harmonie. Et ce fut pour moi une vraie révélation que de comprendre, à cet instant précis, dans le souvenir de l'histoire du peuple exilé et humilié, combien était signifiant que ce peuple puisse aujourd'hui chanter les psaumes à Jérusalem. On peut penser ce qu'on veut de la politique de l'Etat moderne d'Israël (et j'avais expérimenté la semaine précédente ce qu'elle signifie pour les habitants de Ramallah) ; mais que le peuple juif puisse chanter les psaumes à Jérusalem a un sens extrêmement fort.

Il y a des années de cela, j'ai entendu un prêtre dire que, parmi les "preuves" qu'il voyait à l'existence de Dieu (et du Dieu révélé dans la Bible), il y avait : la permanence du peuple juif. Que ce peuple, dérisoire en nombre et en importance, qu'on a si souvent voulu faire taire, ait résisté à tant d'opposition*, voilà un signe éclatant que Dieu ne retire jamais son amour.

La célébration de la Parole a avant tout cette fonction commémorative. La remémoration des grâces reçues est certainement le meilleur antidote à "la lassitude de l'espérance", pour reprendre une expression récente (et appliquée à un autre contexte) du Pape François. La pesanteur du quotidien vient souvent brouiller l'horizon de la Foi. 

Pour être plus facilement sujette à cette lassitude qu'à la reconnaissance, je peux témoigner combien cette mémoire joyeuse des grâces reçues est un exercice difficile. Le peuple juif, Lumière pour éclairer les Nations, est là pour nous rappeler que "La joie du Seigneur est notre rempart". 

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* Je repense à cette blague juive récemment citée par Delphine Horvilleur : toutes les fêtes juives peuvent se résumer en trois points :

  1. Ils ont voulu nous exterminer
  2. Ils n'ont pas réussi
  3. Qu'est-ce qu'on mange ?
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