Mal-chrétien (toi-même !)
Le suspect arrêté pour la fusillade en Norvège est présenté comme un « chrétien fondamentaliste ». L’étiquette fait réagir ici ou là. Chrétien et fondamentaliste, est-ce compatible, se demande-t-on côté catholique ?
Quand un frère commet un acte répréhensible, la tentation est toujours là de lui nier l’identité qu’il revendique peut-être. La découverte des exactions commises dans les prisons irakiennes avait fait dire à Donald Rumsfeld que ces actes étaient unamerican. Il est plus confortable de voir en celui qui agit monstrueusement un monstre, quelque chose avec lequel on n’ait aucun point commun.
Casse-toi tu pues, t’es pas d’ma bande.
Cette tentation me parait normale, mais il y a quelque chose dans ces discussions qui ne me convient pas. La facilité intellectuelle peut-être. C’est trop facile de se dire que celui-là n’est pas comme nous. Un individu qui extermine de sang-froid une centaine de personnes a sans doute oublié certains passages de l’Évangile. Jésus ne porte pas sa Croix en étendard comme on s’y complaît dans certains milieux d’extrême-droite. Être chrétien n’est pas d’abord une identité, mais un état de vie et d’esprit.
Cependant, être chrétien c’est quoi ? qu’est-ce qu’un acte chrétien, qu’est-ce qu’une personne pas chrétienne ? Dans un tweet récent, le père James Martin (s.j.) fait remarquer que Jésus ne cherche pas à définir le Royaume des Cieux, car une définition serait trop restrictive. On pourrait appliquer la remarque à l’identité chrétienne. Il est dangereux de vouloir la définir et édicter ce qui est chrétien et ce qui ne l’est pas.
Un individu peut revendiquer cette identité pour lui-même et commettre des choses épouvantables. A quoi rime le réflexe « il n’est pas vraiment des nôtres en fait » ?
Je crois que la réponse à cette tentation est dans cette formule liturgique : « Donne, Seigneur, à ceux qui se disent chrétiens, de rechercher ce qui fait honneur à ce nom et de rejeter ce qui en est indigne« . Une famille doit-elle se désolidariser d’un frère indigne (donc se diviser), ou accepter avec humilité que les chrétiens rencontrés par lui ont peut-être failli à ouvrir son coeur à l’Évangile ?
Je ne pense pas qu’il y ait de réponse définitive à cette question ; après tout nous sommes tous des mal-chrétiens. La paille, la poutre, toussa. Si ce n’est qu’au final, la miséricorde divine sera toujours plus grande que nos indignités … et celles de nos frères.